Dans le temps, les écossais pêchaient les langoustines le long de leurs côtes et les décortiquaient dans l’usine d’Edimbourg. Mais depuis qu’un fond de pension a racheté l’entreprise, les langoustines « made in Scotland » s’offrent un léger détour : dès la pêche, les crustacés sont en effet congelés et expédiés en 35 jours en Thailande, où ils sont décortiqués pour 45 centimes d’euro l’heure. Nos bébêtes seront aussi, 80 jours après leur sortie de l’eau, de retour au bercail pour y être conditionnées et vendues en barquettes.
Ce voyage exotique fait scandale car 120 salariés écossais y ont perdu leur emploi et le transport par an de 600 tonnes de langoustines entre l’Europe et l’Asie génère à lui seul l’émission de 900 tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Depuis les années 90, les rejets de CO2 ont explosé de +26%. Au contraire, l’entreprise y trouve son compte (les ouvrières thailandaises sont 19 fois moins chères que les écossaises), d’autant plus, que hausse du baril de pétrole ou pas, le coût du transport reste dérisoire.
Prenez un jean « Carrefour » fabriqué pour 3 euros en Chine : son voyage en cargo est assuré pour seulement 20 centimes d’euro pièce, soit 7% du coût d’achat et à 1% du prix de vente en hypermarché (20 euros). D’ailleurs, ce jean se permet un long périple qui commence par la récolte du coton en Ouzbékistan (pays entre la Russie et la Turquie), se poursuit par le filage et le tissage de la toile de jean en Inde et la confection du pantalon au Bangladesh, et se termine par l’expédition en Europe, via le port de Singapour. Et encore, ces près de 27.000 km kilomètres n’intègrent pas le trajet des petites pièces (boutons de Corée de Sud, rivets du Mexique, étiquettes de Chine) !
Si les industriels écument les recoins des 5 continents à la recherche de la moindre économie, les produits « mondialisation » gagnent aussi nos assiettes : rien d’étonnant de voir les bananes arriver des Antilles ou le café de Colombie. Par contre, la composition de « plats bien de chez nous » comprennent des ingrédients d’ailleurs : par exemple, une poêlée surgelée de légumes Bonduelle intègre des choux de Bruxelles du Guatemala, des asperges du Pérou, ou encore, des haricots du Zimbabwe. Même transportés en avion (10 fois plus cher que le transport en cargo), certains aliments sont meilleur marché que les nôtres…
Le monde est vraiment un mouchoir de poche : si les services de télémarketing, comptabilité et informatique sont déjà depuis longtemps délocalisés, la recherche est dorénavant concernée. Ainsi, l’équipementier Valéo a dernièrement créer un phare avant d’un nouveau modèle, en réalisant les dessins en Ile de France, développant les plans par des ingénieurs chinois et en construisant le prototype aux Etats-Unis : gain de moitié sur le délai de conception et coûts fortement réduits.
La mondialisation n’a pas fini de nous étonner.