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La vie est trop sérieuse pour ne pas en rire.

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La crise financière est un éternel recommencement

L'actuelle crise des crédits immobiliers à risque est la petite sœur de la crise des "junk bonds" [obligations pourries]. Souvenez-vous, ces "obligations pourries" permettaient à des entreprises peu fiables d'obtenir des crédits, de même que les crédits immobiliers à risque permettent à des ménages peu argentés de devenir propriétaires.


Dans les années 1980, la valeur des junk bonds est passée de zéro à 200 milliards de dollars et a permis à des dizaines de petites entreprises d'innover et de se développer. Puis, au début des années 1990, 10 % des sociétés émettrices de junk bonds se sont montrées à la hauteur de leur mauvaise réputation et ont connu des incidents de paiement. Les obligations pourries ont été décriées à l'unanimité. Mais les choses sont rapidement rentrées dans l'ordre, et, en 2000, la valeur des obligations pourries avait atteint les 600 milliards de dollars. Personne ne mettait en doute le droit au crédit des petites entreprises, pourvu que le risque pris par les investisseurs soit compensé.

crise-subprime-bce.jpgL'histoire des crédits hypothécaires à risque commence à la fin des années 1990, alors que les obligations pourries étaient devenues d'une ennuyeuse banalité. Les bailleurs de fonds estimèrent qu'il n'y avait aucune raison de priver de crédit les ménages à risque (pauvres ou ayant peu de capacité de remboursement). Ces derniers devaient pouvoir emprunter des fonds, à condition de compenser leur risque de défaut de paiement par le versement d'une surprime.

En 2006, les crédits hypothécaires à risque représentaient un 5ème de l'ensemble des crédits immobiliers des Etats-Unis, et les répercussions sociales étaient fantastiques. Le taux de propriété des ménages, bloqué autour des 65 % depuis le milieu des années 1950, atteignait les 69% au milieu des années 1990. On comptait près de 12 millions de nouveaux propriétaires, dont près de la moitié issue de minorités raciales. Le rêve américain n'avait jamais été aussi vrai.

Toutes les crises des cycles économiques ont leur élément déclencheur. La bulle Internet était l'œuvre des analystes de Wall Street qui encensaient sciemment des placements hasardeux ; le désastre d'Enron est dû aux cabinets d'audit qui ont approuvé des rapports financiers mensongers ; le scandale des crédits immobiliers vient d'investisseurs qui se fient aveuglément aux agences de notation, qui sont payées par les émetteurs et donc encouragées à sous-évaluer le risque de certains placements.

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Maintenant que les marchés financiers sont pris de panique, certains acteurs, qui n'ont rien à voir avec ces crédits à risque, pourraient devenir des victimes collatérales.
Quoi qu'il en soit, la fin de cette crise devrait être sans surprise. Depuis une semaine, la Banque centrale européenne s'est efforcée d'injecter des liquidités dans le système bancaire européen pour faire face à un retrait massif des investisseurs privés craignant de découvrir des pertes liées à des crédits à risque non déclarés. Mais, une fois toute cette agitation apaisée, le marché des crédits hypothécaires à risque repartira de plus belle, dans l'indifférence la plus totale.

Chaque crise ne fait en réalité que suivre un scénario identique, qui se répète invariablement à chaque épisode spéculatif. Car le noeud du problème, toujours passé sous silence ou au mieux minimisé, tient justement dans la spéculation elle-même. Cette dernière a alimenté toutes les crises financières connues, de la "crise des tulipes" en Hollande en 1637 jusqu’à la bulle internet à l’aube de ce siècle.
D'abord, l'euphorie financière. Pour la comprendre, il est indispensable de rappeler cette étonnante équation qui régit le monde de la finance : plus on a d’argent, et plus on se sent "le roi de la finance". La preuve en est que lorsque l’un de ses esprits éclairés se manifeste, le reste de la meute accourt aussitôt, espérant récolter les dividendes de ce qui ne peut être qu’un choix judicieux. C’est l’instinct moutonnier. Dans le cas présent, le secteur immobilier aux Etats-Unis a attiré les spéculateurs de tout poil grâce à des taux d’intérêts très faibles qui permirent un afflux de liquidités, faisant miroiter dans le secteur des perspectives de profit colossales.

 

La 2ème phase est la constitution de la bulle spéculative, où se produit le décalage avec le réel. Un enthousiasme collectif s’empare des acteurs financiers qui se mettent à investir à tout va, persuadés que les cours monteront sans limites. On le sait, la perspective d’enrichissement rapide et sans frais peut engendrer de tels comportements chez l’être humain. Mais encore faudrait-il que les marchés tolèrent de telles envolées. Chaque crise financière de l’Histoire comprend un "effet de levier", c’est-à-dire un pouvoir démultiplicateur d’endettement qui permet aux investisseurs d'accumuler des capitaux qui contribuent à faire enfler encore davantage la bulle. Généralement, plus fort est le levier, plus dure est la chute. 

Bien qu’elle ne soit pas encore arrivée à son terme, la 3ème et dernière phase de cette bulle financière sera celle de toutes les autres : le renversement final. Les milliards s’évaporeront comme par enchantement, les faillites s’accumuleront et une récession économique, peu importe son ampleur, s’ensuivra.


bourse-affichage.jpgComment expliquer ce cycle ? Pourquoi la mémoire de l’ "homo-économicus" ne dépasse-t-elle pas la vingtaine d’années ? La raison en est fort simple : plutôt que de se focaliser sur la raison principale de la crise, la spéculation des investisseurs, les analyses se déplacent sur d’autres raisons, qui occulteront nécessairement la principale. Parfois, il s’agit de l’élément déclencheur du renversement final. Parfois, on s’acharne sur les paramètres ou régles économiques. Jamais sur la spéculation elle-même... N'oublions pas que le marché est sencé être infaillible (sic). Et puis, comment autant d’individus et d’institutions réputées, des banques aux cabinets d’expertise auraient pu se tromper ?


Dans ces conditions, il est aisé de comprendre pour quelles raisons les crises financières se produisent, se répètent ... et se répéteront encore.

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