La vie est trop sérieuse pour ne pas en rire.
Ca devait bien finir par arriver : à force de tout produire en Chine, on s’apperçoit que ce qui nous arrive ne correspond pas à nos règles élémentaires d’hygiène. La peinture utilisée sur certains jouets contreviendrait à quelque ordonnance de santé publique. Certains aimants seraient dangereux pour les enfants. Ils pourraient provoquer, entre autres réjouissances, quelque occlusion intestinale. En clair, le péril jaune naîtrait jeune sous les sapins de décembre ou à l’occasion d'un quelconque anniversaire.
La santé de millions de petits enfants américains est en jeu (olympique ) ? Alors, Mattel, n’écoutant que son courage (et ses avocats) a décidé illico presto de renvoyer au pays jaune tous ces petits jouets, voitures, poupées, figurines et autres, qui présenteraient un risque.
C'est vite oublier que le fautif n'est pas l'industriel chinois, mais le géant américian qui fait fabriquer en Chine juste pour économiser quelques dollars, en prenant le risque d'importer des jouets dangereux pour la santé. Pire, les grandes marques de jouet, comme Walt Disney, Bandai ou Hasbro, se fournissent auprès de sous-traitants chinois aux conditions de travail brutales, aux salaires bas, à l'environnement de travail dangereux et aux conditions de vie humiliantes.
Sans oublier que Pékin est coutumier depuis la nuit des temps du non-respect des droits de l’homme. La presse, la radio, rien n’est libre en Chine et la censure est partout. D'ailleurs c'est un scandale d’accorder les jeux Olympiques d'été 2008, emblèmes de l’égalité entre les peuples et de la fraternité entre les hommes, à un pays qui n’a jamais fait preuve d’aucune mansuétude quand il s’est agi de réprimer les opposants à la pensée unique du régime en place. On ne donne pas les JO à une dictature...

Faut-il boycotter les JO de 2008 ? Non, si c’est en pensant faire avancer les droits de l’homme en Chine. Un boycott aggraverait encore la situation. Faut-il arrêter de faire fabriquer des jouets en Chine ? La question ne se pose même pas car aujourd’hui, 80% des jouets du monde sont fabriqués dans le sud de la Chine. Les grandes puissances occidentales viennent en Chine, pour sa capacité à produire vite, beaucoup, à moindre coût. Jamais pour son art de vivre, sa culture du bien-être ou son respect des travailleurs et de l'environnement.
Le rappel de millions de jouets, pour la plupart emblèmes de la culture américaine, ne va pas ternir le jaune du péril. La Chine ne perdra aucun marché. On enlèvera juste le plomb en trop, on changera les aimants, ou on fera comme si tout avait été modifié, comme si tout, désormais, était sans risque. Jusqu’à la prochaine crise.
La Chine n’est pas une dictature comme les autres. Elle produit à tour de bras et affiche une croissance insolente. Rien ne semble arrêter ce pays qui ne respecte aucun droit de l’homme si ce n’est celui de travailler le plus possible et jusqu’à ce qu’on lui donne l’autorisation d’arrêter, de prendre une pause. La Chine pollue, la Chine serait à l’origine de la flambée du prix de l’acier, la Chine serait leader dans le domaine des exécutions capitales, la Chine est tout cela, et pire encore.
Tout se fabrique là-bas, ou à la manière de. Les Etats-Unis sont made in China, l'Europe le devient peu à peu, l'Afrique commence à l'être, et l'espace le sera peut-être un jour. Mais le scandale, pour autant, n’est pas chinois, mais bien occidental. Nous avons fait de la Chine ce monstre-là, implacable, pragmatique et froid, devenu indispensable. Nécessaire. Dont on a choisi d’avaler les couleuvres, sans ciller.