La vie est trop sérieuse pour ne pas en rire.
Interrogé sur le sort judiciaire réservé aux 6 membres français de l’Arche de Zoé, accusés de trafic d’enfants et incarcérés à N’Djamena, le Président a répondu : « J’irai chercher ceux qui restent, quoi qu’ils aient fait […]. Le rôle du président est de prendre en charge tous les Français.»
Cette détermination affichée par le chef de l’Etat a eu le don d’exaspérer les autorités de N’Djamena, déjà chauffées à blanc par une affaire perçue au Tchad comme un relent de colonialisme. Hier soir, le président Idriss Déby a déclaré que la justice se ferait «au Tchad», ajoutant qu’il n’était «pas question pour le moment» d’extrader les 6 Français de l’association incarcérés. Le ministre de l’Intérieur tchadien avait déjà eu des mots très durs : «Les faits ont été commis au Tchad. C’est pourquoi ces bandits doivent être jugés et condamnés ici. Ils doivent aussi purger leur peine dans le pays : qu’ils goûtent à nos prisons ! Et une fois qu’ils auront purgé leur peine, nous les expulserons du pays une bonne fois pour toutes.» Selon lui, un procès en France serait «une insulte pour le peuple tchadien».
Les déclarations de Nicolas Sarkozy pourraient paradoxalement retarder un éventuel transfert de la procédure judiciaire en France. Le voyage express du Président au Tchad avait déjà passablement échauffé les esprits sur place. On a assisté à du droit d’ingérence à l’envers, car Paris a demandé l’inverse de ce que recommande tous les jours aux Tchadiens l’Union européenne : le respect de l’Etat de droit. Sarkozy a utilisé de mauvaises méthodes pour des bonnes raisons : obtenir la libération des 3 journalistes français et des hôtesses de l’air espagnoles.
Professeur de vertu. Avant son élection, Sarkozy avait promis la rupture dans les relations souvent incestueuses entre la France et ses anciennes colonies. Mais l’Afrique ne lui réussit pas. En juillet, son discours à Dakar sur «l’homme africain» était déjà très mal passé. Le voyage éclair de dimanche a choqué une opinion qui reproche à Paris de jouer les professeurs de vertu, tout en soutenant le régime d’Idriss Déby, honni par beaucoup. Du Niger à la Côte d’Ivoire, en passant par le Tchad, la dénonciation du prétendu «néo-colonialisme» français fait de plus en plus recette.