Choisir son appareil photo numérique :
La vente de matériel numérique explose. Les prix sont en chute libre. C'est la course folle aux pixels. Certains grands revendeurs disposent d’une panoplie de tirages en petit format et essaient de démontrer aux acheteurs que le plus médiocre des appareils est à 3 millions de pixels (vraiment pas visible), le moyen, un peu flou aux couleurs délavées, à 5 millions et le bon à 10. Ils se moquent de leurs clients.
Car tout d'abord, la majorité des photographes amateurs n’impriment pas leurs images dans un format supérieur à 13 x 18 cm, quand ils les impriment... La plupart des images ne sont vues que sur un écran d’ordinateur (de télévision), dans le plus favorable des cas (haut de gamme) en 1 280 x 1 024 pixels, ce qui implique une image de 1,3 million de pixels. Il ne faut pas plus de 3 millions de pixels pour la meilleure des impressions en 13 x 18 cm.
Car d'autre part, vendre un appareil de 10 millions de pixels pour un amateur occasionnel est un non-sens, tant photographique qu’informatique : le poids d’une image décompressée devient de 30 Mo et les petits processeurs d’ordinateurs rament douloureusement.
Si le nombre des pixels augmente, la qualité des objectifs reste très insuffisante. Une bonne optique est une performance technologique, un compromis entre toutes les "aberrations" (géométriques, chromatiques, etc.) générées par les lentilles. C’est, en grande partie, ce qui fait la qualité d’une image. Si le nombre de pixels est toujours mentionné, les performances de l’objectif jamais. Et pourtant elles se mesurent, au nombre de traits séparés par millimètre d’image. Et on en arrive à l'absurdité que les images possèdent plus de pixels que ne peuvent en distinguer les objectifs. En résumé, si un objectif ne sépare pas les traits d’un texte photographié à 2 m, tous les pixels du monde qui sont derrière ne vous le feront pas lire pour autant.
Aujourd’hui, les programmes de mise au point automatique se multiplient à foison (portrait , plan américain, anti-yeux rouges...) et les photographes y perdent leur latin et leurs nerfs. Il faut avoir assisté à un spectacle "son et lumière" pour constater que la majorité des témoins espèrent éclairer, de nuit, un monument situé à plus 100 mètres à l’aide d’un flash dont on peut estimer la portée à cinq. Mais la portée est rarement mentionnée. Pas commercial, 5 mètres, une misère...
La prise de vue devient d’une richesse informative démesurée sans que l’utilisateur appréhende pour autant les plus values apportées de ces options infinies. Résultat : quand l’image n’est pas bonne (cela arrive souvent) personne ne sait pourquoi ! On cherche, on tâtonne, on tente des folies (position "nuit" le jour), on y perd beaucoup de temps... sans jamais rien y comprendre.