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La vie est trop sérieuse pour ne pas en rire.

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Le rôle de la justice est-il de "soulager les victimes" ?

jugement-des-fous.jpg"Vous êtes du côté des victimes, vous protégez les victimes, vous évitez qu'il y ait de nouvelles victimes", déclarait le chef de l'Etat devant les policiers du commissariat de Bayonne. Le leitmotiv n'est pas nouveau, Nicolas Sarkozy l'a martelé durant toute la campagne présidentielle, mais il fait débat depuis qu'il vise le fonctionnement de la justice. Le Président a rencontré ce week-end les familles de 2 aides-soignantes assassinées en 2004 par un pensionnaire de l'hôpital psychiatrique de Pau. Sur fond d'affaire Evrard (du nom du pédophile récemment arrêté), il en a profité pour proposer une mesure inédite : que les personnes pénalement irresponsables puissent être jugées. "Un procès, ça permet de faire le deuil", a-t-il déclaré. Questions : le rôle de la justice est-il bien de "soulager les victimes" ? Juger les fous, a-t-il un sens, et lequel ?


tribunal-psychatrique.jpgPar définition, le droit pénal appliqué ne met pas sur le même plan le coupable et sa victime : l'un est puni, l'autre est dédommagé.
Il n'y a aucune égalité, mais une asymétrie, totale et assumée, en faveur de la victime.


Le problème est que l
a justice française connaît une dérive particulière depuis plusieurs dizaines d'années : les procès sont de plus en plus organisés autour et pour les victimes. Dans ce contexte, la dictature de l'émotion, voire de l'émotivité et le règne des faits divers semblent primer sur la froide impartialité de la justice. Entre le côté des victimes et celui des bourreaux, entre la justice et l'injustice, faut-il choisir son camp ? Cela paraît absurde.


Certes, le problème se pose, ne serait-ce qu'en matière de vocabulaire, avec le "non-lieu". Lorsqu'un criminel n'est pas jugé parce qu'il est déclaré irresponsable, il y a "non-lieu", comme si rien n'avait existé, comme si rien ne s'était passé.  C'est un vice de langage à corriger. Pour autant, la personne délirante ou folle ne peux pas être jugée, puisque, par définition, elle ne peut pas verbaliser son acte. L'idée que l'on puisse juger les personnes folles, même si elle semble populaire, est une ânerie. On commence par juger les fous : demain, on jugera les animaux, et, pourquoi pas, les éléments ?

hopital-pedophile-lyon.jpgD'autre part, il y a du bon sens à vouloir aider au maximum les personnes qui subissent un préjudice. Mais la scène pénale est-elle le bon endroit ? A mon avis, des solutions alternatives de prise en charge des victimes doivent être envisagées ... hors des murs du tribunal, avec la construction d'un véritable service public de l'aide aux victimes, national et de proximité.


On peut s'inquiéter que ce discours officiel relancé à chaque crime odieux exige
de la Justice qu'elle ne prenne plus en compte QUE les victimes. Les leçons d'Outreau sont-elles déjà perdues de vue ? Cette erreur judiciaire a été due au fait qu'un certain nombre de professionnels, entrés en empathie avec les victimes, ont négligé de soupeser les éléments à charge et à décharge. On ne rend pas la Justice dans l'émotivité, mais avec impartialité. Le Président n'est pas juge, mais c'est au Politique de préserver les conditions d'une bonne Justice.
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